À toute épreuve : Cœur au ventre et gloire

L'inspiration créative peut provenir de n'importe quoi et de n'importe où. Pour le rappeur et producteur Chris Borelli, elle est issue d'une éducation difficile et se retrouve aujourd’hui sur les meilleures listes de diffusion du monde entier.




Kodiak : Parlez-nous de vos débuts. Comment la musique est-elle entrée dans votre vie?

 

Chris Borelli : Tout a commencé quand j'avais 11 ans, lorsque les services sociaux m'ont placé en famille d'accueil. Il y avait un piano dans la maison. Personne ne m’a forcé. Personne n’a essayé de me convaincre. Il était là, j’ai commencé à jouer et tout un monde s’est ouvert à moi.

 

Kodiak : Un lien instantané?

 

Chris : Exactement. La musique m’apportait un sentiment de réconfort et constituait un exutoire. Une manière de m’exprimer. Très pure, très honnête.

 

Kodiak : Vos parents adoptifs vous ont-ils appris à jouer?

 

Chris : En fait, ils sont devenus mes parents adoptifs, car ils m’ont adopté. Ils sont maintenant mes parents. Mais je suis surtout autodidacte. J’entendais de la musique et j’essayais de la recréer. Plus tard, j’ai pu commencer à improviser. J’ai vu ce qui fonctionnait, ce qui me semblait juste.

 

Kodiak : C’est extraordinaire. Votre musique a toujours ce côté très improvisé.

 

Chris : Merci, oui, c’est encore de cette façon que je travaille. Je pouvais m’asseoir et jouer pendant des semaines en expérimentant les structures d’accords. Le résultat était très gospel, une musique de type soul. Je jouais trois notes ensemble et me disais : « D’accord, ça sonne plutôt bien. » Et j’expérimentais. J’ai fait cela pendant des années.

 

Kodiak : Comment cela a-t-il évolué vers le rap?

 

Chris : Chanter était le moyen de relier le tout. J’ai chanté tout au long de mes études secondaires. Surtout des ballades. J’étais comme le fils de John Legend [rires]. Je faisais partie de chorales, plusieurs chorales. J’ai même joué dans un groupe de jazz, mais je me suis rendu compte que jouer dans un groupe ce n'était pas vraiment pour moi. Tout cela me servit de tremplin. Quand je suis arrivé à l'université, mon camarade de chambre était un rappeur et il est devenu mon mentor. Il est toujours un de mes meilleurs amis.

 

Kodiak : Êtes-vous allé directement à la scène?

 

Chris : Pas immédiatement. Nous nous retrouvions dans les sous-sols des bâtiments universitaires, certains avec une batterie, d'autres avec une guitare, et nous faisions simplement de la musique et du rap. Cela m'a donné envie de l'explorer, d’aller aussi loin que possible et d'y apporter quelque chose de nouveau. 



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Kodiak : Parlons-en. Quelle est votre approche unique par rapport au rap?

 

Chris : J’ai décidé très tôt que je ne dirais pas de jurons. Ma musique n’est pas fondée sur des principes moraux, elle est le reflet de qui je suis en tant que personne. Je veux me mettre au défi de m’exprimer pleinement sans les raccourcis que les jurons apportent. Je dis des choses éloquentes, j’ai des idées éloquentes, mais je les exprime pleinement. Je puise en profondeur et dis des choses personnelles. De manière très crue, très directe.

 

Kodiak : Vous avez l'air de quelqu'un de très doux, détendu et facile à vivre. Les gens sont-ils étonnés lorsqu'ils entendent votre musique?

 

Chris : Absolument. Les gens entendent cette énergie et cette passion et cela les surprend. J'utilise ma voix et mon ton et j'ai appris à communiquer mes sentiments et mes émotions aussi efficacement que possible.

 

Kodiak : Mais vous ne semblez pas en colère à propos de votre passé et de votre éducation difficile.

 

Chris : Je ne ressens ni colère ni chagrin pour ce qu'a été ma vie, parce que tout ce qui s'est passé m'a conduit là où je suis maintenant. Le fait de pouvoir tourner le dos à son passé et d'aller de l'avant vous aide vraiment à surmonter les difficultés qui se présentent dans la vie.

 

Kodiak : Et vous voilà, en pleine gloire, à remplir des sièges, à conquérir des admirateurs et à exprimer vos idées.

 

Chris : Tout consiste à surmonter les obstacles et à suivre sa propre voie. Il faut continuer de se dépasser, de travailler dur, d'évoluer.